J'ai pris place aux grèves lycéennes de la rentrée 1998.
J'étais lycéen depuis 2 semaines quoi.

Avec le recul je trouve que c'est énormément formateur, de s'en donner la peine.

Alors il y'avait ceux de mes camarades de classe qui en ont profité pour rentrer chez eux jouer à Duke Nukem 3D ou à StarCraft. Ou à découvrir les bistrots à bornes d'arcade autour du lycée. Ou bien encore à faire de repérage des meufs en L ou SES du lycée d'en face.

Faites bin c'qu'vous voulez hein.

Et y'a ceux qui sont allés marcher dans la rue.
Faire un sitting aux endroits stratégiques de Charleville-Mézières.
Bloquer le début de tronçon de la voie rapide.
Gueuler devant l'Académie "tu sais, la ou on fait du skate, bien c'est la le bâtiment de l'Académie".
Se faire la même chose devant la préfecture, parce que pourquoi pas.

C'est grisant de découvrir qu'ensemble on a assez de pouvoir pour qu'on nous envoie les flics.
(Qui heureusement, sous Chirac/Jospin n'avaient pas tellement envie de gazer des enfants.)

C'est dangereux ce sentiment de pouvoir, c'est la que ca peut basculer.

À se sentir pousser des couilles, des gilets jaunes inexpérimentés se permettent bien des abus.

Pas une de mes collègues n'a échappé à cela, à un type qui abuse de ce sentiment temporaire de pouvoir pour de permettre l'inacceptable.

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Mais avant tout, découvrir qu'on a un pouvoir en tant que futur citoyen, c'est formateur.

C'est formateur parce que ca oblige à formuler tes revendications quand un type s'assoit dans un bureau en face de toi.

@jbfaucheron était présent quand j'ai dit, avec mon acné et ma voix en train de muer, au type en cravate que ca manquait de linux et d'amiga pour des élèves qui se destinaient à l'électronique et l'informatique.

Je l'ai vu facepalmer devant le propos maladroit.

Mais au moins j'ai appris qqchose, plusieurs choses même.

Que oui, on m'avait écouté parce que j'etait fans le cortège de tête et que le mec de la cellule jeunesse du Parti Communiste m'a soufflé qu'il fallait demander une entrevue.
Que j'avais davantage de chances d'être écouté à être la plutôt que chez moi à jouer à la Dreamcast ou à l'arrière du cortège à plier des rétro for fun.

Que les revendications doivent être simples faces aux gens tout chauves, tout gris cravatés.

C'était il y'a 20 ans et de cette expérience j'en tire la conclusion qu'il vaut mieux parler que casser, même en se sentant dans son bon droit.
J'en tire aussi que je suis, c'est pas hype comme opinion, davantage réformiste que révolutionnaire.

Mais si au lieu de me faire rentrer dans Académie, au lieu d'être dans le groupe de 5 reçus par le préfet, on m'avait aligné contre un mur les mains dans le dos ?

J'aurais réellement foi dans le dialogue ?

J'aurais retiré l'option "manif pacifiste" de la liste.
Il aurait resté Dreamcast/fumer des joints/draguer les metalleuses du lycée Sévigné d'une part ;
Cramer les poubelles d'autre part.

Bin ui, puisqu'on peut pas discuter et que manifester c'est risquer de se confronter à Robocop hein...

@thy même pas 5. Juste toi, moi et Clément C. face au préfet et une autre personne.
Et à l'inspection académique aussi, une vingtaine devant l'adjoint de l'inspecteur.

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